Mon métier d'artisan au quotidien

Patine, pigments
Patine, pigments

Créativité et artisanat

Comment introduire de la créativité dans un métier manuel et technique, en utilisant uniquement des produits basiques ?

 

Toute création implique une grande complicité et une intimité avec les produits qu’on utilise. Et c’est la technicité, le savoir-faire qui rend possible l’acte de création. Ce savoir faire permet de maitriser son champ d’action et ses limites. Il existe une grande liberté d’utilisation des produits mais dans le cadre d’un protocole précis.

 

Savoir jusqu’où on peut aller, à quel moment son geste devient irréversible, demeure réversible.

 

Faire confiance à son corps, ses sens. C’est mon corps qui devient outil, je mobilise tous mes sens pour exprimer ma pensée.

 

Savoir jusqu’où on peut amener un produit. Essayer et essayer. N’avoir aucun préjugé. Oublier un peu ce qu’on a appris. Défaire pour refaire. Ne pas avoir peur de rater, de recommencer. Se laisser surprendre. Comme tous les créateurs avant moi. Parce qu'être artisan d'art, est aussi être créateur.  

 

J'avance avec des accidents, des contraintes, je ne cherche pas toujours à reproduire une technique acquise. 


S'égarer surtout. Sinon, comment être surpris. Les champs d'exploration sont immenses; avec des produits très simples comme de l'enduit de lissage, de la colle à carrelage, du plâtre, ...on peut jouer sur la matière, les transparences, les couleurs...


Surtout, n'avoir aucun préjugé...et si c'est raté, qu'importe.


Il y a toujours un savoir faire traditionnel, fonctionnel, qui est une base indispensable car il fait gagner un temps immense. Et après il y a le jeu et la recherche...


Nos métiers ne sont pas dépassés, ne font pas partie du passé. Plus j'avance, plus je me dis que j'ai devant moi un champ d'exploration immense...Il me suffit de  trouver des murs pour accueillir mon travail!


Aller de murs en murs, de création en création, de rencontres en rencontres. Partager ce plaisir de travailler sur des murs...C'est mon rêve, avec une simple taloche et un couteau américain pour seuls outils...

 

 

Mur travaillé à l'ancienne (enduit, plâtre, pigments..)
Mur travaillé à l'ancienne (enduit, plâtre, pigments..)

Sens et matières: l'odorat

Je suis très sensible aux odeurs. Réminiscence de l'enfance. Tout est odeur. 

Elles peuvent me griser, m'entraîner, comme me perturberDes solvants toxiques, mais aussi des huiles essentielles me donnent mal à la tête. Je n’aime pas l’odeur de certaines peintures acryliques. Ces odeurs me déconcentrent. Or, j'ai besoin d'être tout à mon mur, ma matière, à l'organisation de mes couleurs, de l'espace. 

 

J’aime l’odeur âcre des pigments de terre, en particulier celle de la terre pourrie, à la couleur  très proche de l'ombre naturelle - à la terre se mêlent les parfums venant de si loin d'une herbe coupée depuis plusieurs jours - l’odeur un peu écœurante du glacis à l'huile, mélange d'huile de lin et de térébenthine, dont je n'abuse pas, les effluves acides de la chaux.


L'odeur de la matière participe au plaisir du travail. Tous les sens sollicités ont besoin d'être en harmonie: l'épreuve physique peut alors commencer! Ce travail demande une concentration totale. Etre uniquement là et dans, et surtout pas ailleurs. 

 

stucco orangé
stucco orangé

Corps et espace

Avec le temps, j’ai pris possession des espaces. Je peignais de petits tableaux, les murs se sont imposés à moi. 


J’ai toujours le sentiment de faire corps avec le mur. Une histoire de rencontre. Une matière, un mur et moi. Je réussis même à combattre mon vertige et à travailler sur de grandes hauteurs. 


Ce n’est pas seulement ma main qui est en mouvement, mais tout mon corps. Petits mouvements, grands mouvements, mon corps danse devant le mur.


Tout mon corps est sollicité : à la fin d'un tel chantier, pratiquement chacun de mes muscles  a travaillé...


J’aime cette symbiose physique entre ces murs et mon corps; j'aime les imprimer de matières et de couleurs. J'aime cet espace qui s'offre à moi. J'aime que mon corps s'exprime ainsi. J'aime  avoir besoin de tout mon corps, de mon attention, de ma concentration, de ma vigilance, que chaque geste soit juste pour réaliser un mur.


Il y a une complexité à aborder ces espaces, car il faut trouver un mouvement régulier, mais pas trop. Occuper l'espace sans avoir de recul, parce que pris par le mur, parce que travaillant sur un echaffaudage et surtout, parce qu'on ne peut pas s'arrêter...

 

Stucco légèrement nacré
Stucco légèrement nacré

Histoire de murs

Ne pas me contenter de regarder. Décortiquer ce qui m’entoure, comprendre comment ça vit, ça pousse, se transforme. Etre dans la vie, la chair, l'intime, l'indicible. Même pour un mur. Justement parce que c'est un mur. Qu'on vit entouré de murs.

Se laisser étourdir par les matériaux qu’on utilise, les couleurs qu’on fait naitre. Laisser place à ses sensations et ses émotions, pour imprimer son travail de sa sensibilité. Faire son travail d'artisan, tout simplement.

 

Histoire de murs 2

Il faut savoir écouter, sentir, observer  la matière, les murs ou les supports sur lesquels on travaille.

 

L’enduit réagira différemment selon la température de l’air et le niveau d’hydrométrie. Si elle est trop travaillée, la chaux va « buller » ou trop « faïencer ». Tel autre enduit va s’arracher et ne pas tenir au mur.


S’arrêter à temps pour ne pas détruire ce que l’on a fait. Savoir aussi que si on a commis une erreur, il est possible parfois de revenir en arrière, de réparer. Parfois.

 

Savoir aussi qu’à chaque chantier, on peut avoir des surprises ; un enduit qui bulle ou qui ne veut pas s’accrocher à tel endroit sans qu’on comprenne pourquoi, alors que son geste ne diffère pas d’un endroit à l’autre.

 

S'adapter, s'arranger avec ces éléments exogènes, réparer, résoudre.

 

Murs et fantômes

Chaque mur a sa propre histoire, que le seul regard ne parvient pas toujours à appréhender; il porte en lui la mémoire de tout ce qui lui est arrivé. 

 

Dans le langage technique des peintres, on appelle « fantômes », les traces de la vie du mur qu’on ne pouvait voir ou même sentir avec les doigts. Ces fantômes se révélent une fois qu’on a passé son enduit.

 

La  rencontre avec un mur est toujours une nouvelle histoire. Le même enduit, la même couleur réagiront de manière très différente suivant le support. Mon métier demande de l'humilité. S'il est indispensable d'anticiper toutes les difficultés, il faut aussi accepter d'être surpris, remis en cause. Rien de définitif, d'acquis. Comme la vie.


Rares sont les murs sans surprise...

 

Je connais chaque millimètre carré du mur que je travaille ; ses irrégularités, ses niveaux d’absorption de la matière alors qu’à l’œil, il semble uniforme. Mon geste doit s’adapter à cette histoire.


 

 

Stucco rouge tangerine
Stucco rouge tangerine

Sens et matières: le toucher

Je regarde les murs avec les doigts autant qu’avec les yeux, les uns renvoyant aux autres dans une osmose continue.

 

Je touche les murs avant de travailler. Ne rien oublier. Avant. Pendant. Après.

Avant, ses creux, ses blessures, son histoire. Pendant, parce qu'il est impossible de ne pas être dans leur intimité.

Après, pour m'imprégner une dernière fois de leur présence.

 

J’aime la douceur froide d’un mur ferré. J’aime la douceur chaude d’un mur ciré. Sous les doigts, la sensation est très différente d’une matière à une autre. Je n'utilise pas certains enduits car je n'ai aucun plaisir à les travailler, les toucher....Il ne suffit pas d'étaler de l'enduit sur un mur. Chaque matière réagit différemment et le plaisir provient de cette intimité entre la main, la matière et le mur. Sous la taloche ou le couteau, le moelleux ou la résistance d'une matière. La matière s'apprivoise et se laisse faire, je la conduis où je veux. 


J'aime quand mes clients caressent leurs murs. Cette prise de conscience de ce qui les entourent. Comme un bel objet, une sculpture, une pierre polie par le temps...

 

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Atelier Couleurs du 7 au 10 octobre 2015

La Molière, Luberon
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Portrait tourné à l'Opéra. Cliquez sur la photo
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